Les menaces imminentes qui pèsent sur l’activité des écoles immersives, et la nécessité d’y remédier, a conduit les membres de l’association à tenir une conférence de presse à Aiacciu. Texte intégral de l‘intervention…

LE CONTEXTE
La langue corse disparaît. Devant ce constat sans appel, Scola corsa a vu le jour en 2021. Sur le modèle des écoles immersives en langues régionales (Eskolim), l’association acte que l’apprentissage en immersion est le seul modèle en mesure de produire des locuteurs plurilingues épanouis ; et de sauver notre langue.
Elle ouvre des écoles associatives. Cinq ans plus tard, le succès est au rendez-vous : plébiscite des parents et de la société civile, appropriation de la langue par les enfants scolarisés, excellence de la pédagogie…
Si l’État ne tient pas ses promesses de contractualisation généralisée et poursuit ses attaques contre la subvention accordée par la CdC au réseau Scola corsa, Celui-ci est menacé d’arrêt à court terme.
Si nous sommes devant vous aujourd’hui, c’est que l’actualité nous oblige à rompre avec notre habituelle discrétion respectueuse et responsable. Mais la situation oblige et nous pesons nos mots : l’avenir de Scola corsa est en jeu. Les écoles immersives associatives en langue corse peuvent disparaître à court terme. Au plus haut niveau de l’État se joue, en ce moment même, la survie de Scola corsa.
Depuis cinq ans, 2021, Scola corsa a progressivement ouvert 5 écoles sur l’ensemble du territoire de l’île. Aujourd’hui 200 enfants fréquentent les treize classes qui la composent. Le format immersif associatif est de plus en plus plébiscité par les parents : 200 élèves cette année, 280 prévus à la rentrée prochaine ; des demandes d’ouverture permanentes ; une notoriété grandissante. Nos écoles gratuites et laïques connaissent un développement et emploient 33 maîtresses et Asem. La société civile par le biais de nombreux mécènes et donateurs soutient notre démarche en faveur du patrimoine commun que constitue la langue corse.
Tout le monde s’accorde à reconnaître que l’immersif est le seul modèle en mesure de produire des locuteurs bi-plurilingues épanouis. L’Éducation nationale, elle-même, a validé l’excellence de l’enseignement dispensé en accordant l’an passé une contractualisation anticipée pour deux classes ; en ouvrant deux postes sur les concours L3 et M2 cette année. Aujourd’hui la contractualisation généralisée est en ligne de mire et une inspection des cinq sites il y a deux mois était la dernière étape vers sa concrétisation.
Or, l’État renâcle à tenir sa parole sur la contractualisation généralisée méritée et promise.
« Le format immersif associatif est de plus en plus plébiscité par les parents :
200 élèves cette année, 280 prévus à la rentrée prochaine ;
des demandes d’ouverture permanentes ; une notoriété grandissante.«
D’une part, la contractualisation est remise en question, tous les prétextes étant évoqués pour ne pas prendre en charge le salaire des enseignants auquel tout enfant à droit.
D’autre part, le préfet de Corse conteste la légalité de la subvention accordée par la CdC, cherchant ainsi à couper les vivres à l’enseignement immersif associatif.
Les propos d’ostracisation, dont ceux de l’ancien ministre Blanquer, sont l’habillage d’un profond travail de sape, orchestré par une classe politique jacobine et réactionnaire en lutte contre les identités régionales. La survie de Scola corsa est en train de se jouer.
La contractualisation généralisée ou l’arrêt à court terme
Une non-contractualisation généralisée avec l’État entrainerait à très court terme la cessation de notre activité.
La contractualisation généralisée représente aujourd’hui la seule solution de nature à pérenniser notre réseau. Cette contractualisation globale a été accordée à toutes les écoles privées en 1994. Elle ne constituerait, en Corse, qu’un alignement sur les expériences déjà existantes. La prise en charge des salaires des enseignants par l’Éducation nationale et le versement des forfaits scolaires par les mairies doit valoir pour les élèves de Scola corsa comme pour tous les autres élèves de l’Académie, faute de quoi on instaurerait une injustifiable ségrégation.
Depuis le début de son existence, Scola corsa a répondu à toutes les préconisations requises par les autorités.
Depuis le début de son existence, Scola corsa a répondu à toutes les préconisations requises par les autorités : statuts, ventilation des subventions, exigences comptables, gestion du personnel, attendus pédagogiques, dans le respect des textes et le sérieux qui sied à toute démarche scolaire. Si l’absence de contractualisation permet à l’État de faire des économies ; un élève de Scola corsa ne coûtant rien au contribuable ; ces enfants n’auraient-ils pas droit à une scolarité digne et à un cadre enfin sécurisé comme tout autre ?
Le préfet attaque la Collectivité de Corse en justice pour son soutien à Scola corsa
Scola corsa est une école gratuite dont une partie importante du budget est abondée par une subvention de la CdC. Or, le préfet de Corse, sur la base d’un rapport de la Chambre régionale des comptes, a fait jouer le contrôle de légalité et l’article 40. Il conteste ce financement de Scola corsa par la CdC. Financement voté, depuis 2021 et chaque année, à l’unanimité de la représentation insulaire.
Attaquer ainsi Scola corsa sur le terrain juridique, en prétendant que cet état de fait est spécifique à la Corse est spécieux. Tous les réseaux nationaux linguistiques ou même confessionnels fonctionnent sur le même modèle avec une très large part de financement en provenance des différentes strates de collectivités territoriales.
Que l’on ne s’y trompe pas : déclarer la subvention 2025-2026 illégale c’est, de facto, remettre en cause le financement 2026-2027 et hypothéquer l’avenir de Scola corsa.
La prise en charge des salaires des enseignants par l’Éducation nationale et le versement des forfaits scolaires par les mairies doit valoir pour tous les élèves de l’Académie.
Un appel à la raison et à l’esprit constructif
Scola corsa en appelle à toutes les personnes de bonne volonté : décideurs en haut-lieu, responsables politiques, associatifs, culturels, acteurs du monde économique, citoyens épris de progrès et de justice. La raison doit prévaloir afin de donner à l’enseignement immersif, associatif et public, la place que l’on doit lui conférer.
Il faut agir vite et avoir l’ambition sereine mais déterminée qu’impose la situation de grand danger encouru par les langues minoritaires pour maintenir une parcelle de diversité dans un monde où le totalitarisme ne vient pas de là où croient le pourchasser des esprits jacobins d’un autre siècle. Nous attendons des réponses claires et opérationnelles et demandons aux services préfectoraux, académiques et territoriaux de nous inviter autour d’une table pour envisager l’avenir de manière constructive.
